samedi 20 février 2010

Les potes du pénitencier

C'est l'histoire d'un arnaqueur, génial embrouilleur qui s'insinue dans les failles du système avec applomb et créativité. Il peut s'inventer avocat, et se retrouver à plaider comme à la télé, ou bien Directeur Financier, et exposer avec talent une nouvelle stratégie pour faire gagner des millions à son entreprise, ou bien au fin fond d'un pénitencier, arranger une soirée romantique avec son co-détenu...

Le nouveau Jim Carrey est un portrait joyeux et foutraque d'un personnage d'autant plus incroyable qu'il est... vrai ! Tiré de l'histoire vraie de Steven Russel, qui purge aujourd'hui dans quelque prison d'état une peine a perpetuité pour diverses escroqueries et évasions, le 1er film de Glenn Ficarra et John Requa exploite avec un enthousiasme de bon aloi, à la 1ère personne du singulier, un destin qui ne l'est pas moins (singulier, pas enthousiaste).

Jim Carrey incarne l'escroc avec un plaisir visible, tout en laissant exister le personnage beaucoup plus effacé, joué avec délicatesse par Ewan McGregor, ce qui n'est pas le moindre de ses talents.

Alors il se trouve aussi qu'il est gay, notre ami Steven, et amoureux fou du blond Phillip Morris, mais le film serait-il foncièrement différent s'il était hétéro ! Voilà probablement ce qui fait de ce film une date-clé dans l'évolution des moeurs : deux stars de première catégorie jouent un couple gay dans un film, et leur préférence sexuelle n'est pas le sujet du film ! Contrairement à Brokeback mountain par exemple, I love you Phillip Morris n'est en rien un film militant, à message humaniste... le coming out de Steven ne pose pas particulièrement de problème, non, les gays sont ici représentés comme n'importe quels personnages, et nous sommes bien dans une comédie romantique d'escrocs !

Réjouissant, sans prétentions, original : juste un chouette moment de cinéma !

I love you Phillip Morris (Glenn Firraca, John Requa, USA, 2010).
Avec : Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann...

Vu de l'intérieur

C'est une vieille séquence d'une de ces émissions tellement 80's d'Ardisson, une interview de Gainsbourg par Gainsbarre... tous les deux accoudés au bar de quelque boîte de nuit, question-réponse vaguement provoc, Gainsbarre en panoplie cuir-lunettes noires-gitanes, ricanant, interviewant Gainsbourg le sérieux en costard... Le Grand Serge singeant sa schizophrénie artistique, entre le dandy poète cultivé et le provocateur accro aux médias et au whisky !

L'auto-interview est ici.

Images depuis vues et revues dans des hommages et autres docu-chrysanthème à la Jacques Pessis, et qui font comme un écho à la version sensuelle et sans suite de la bio de Gainsbourg, signée Joann Sfar !

En effet, on y retrouve le double rêvé de Gainsbourg, sous la forme d'une longiligne marionnette géante méphistophélique, qui lui soufflera de bruler ses toiles pour se dédier à la musique, qui lui suggerera de mettre sa patte dans la sauce Yéyé, histoire de devenir une star...

Un parti-pris onirique bienvenu, qui fait de ce biopic un oeuvre profondément personnelle, et évite le simple enchaînement de scénes... et l'interpretation incroyable d'Elmosnino y ajoute encore de la profondeur et de l'ironie.
Dommage que les effets tombent parfois dans la lourdeur : la tête de chou, certains dialogues avec son double, inutilement explicatifs, et enfin un manque de rythme certain, surtout visible en fin de partie.

Sfar se trouve ainsi beaucoup plus à l'aise sur la 1ère partie de carrière de Gainsbourg, St Germain des Près, où la mise en scène ose la créativité (la parenthèse enchantée Bardot, les frères Jacques qui préparent son petit-dej à Serge qui s'éveille chez Vian, délicieuse séquence loufoque), alors que les années 70 ne font que reprendre des séquences VU A LA TV... comme si le réalisateur, né dans ces années 70, abreuvé à l'image publique de Gainsbourg, avait le plus grand mal à prendre de la hauteur par rapport à son sujet.

Restent des séquences musicales intelligemment saupoudrées, avec des réinterprétations classieuses du maître, et un choix judicieux de titres connus et d'autres qui le sont moins (L'hippopodame !).

Au final, sur un sujet casse-gueule, un film tout à fait honorable, qui donne envie de se replonger dans les chefs d'oeuvre que sont Mauvaises nouvelles des étoiles, Melody Nelson ou Vu de l'extérieur...

Gainsbourg (vie héroïque) (Joann Sfar, France, 2010)
Avec : Eric Elmonisno, Laetitia Casta, Lucy Gordon...


jeudi 18 février 2010

samedi 13 février 2010

Allo maman bobo

Tout commence dans un champ, en pleine campagne, où une femme d’âge mûr, l’air éminemment respectable, écarte les herbes hautes en se rapprochant de nous, puis s’arrête, regarde autour d’elle… et, face caméra, en nous regardant insensiblement, se met à danser, lentement, gestes amples, puis avec de plus en plus de conviction, d’énergie, ondulant comme une de ces herbes folles, sur la musique du générique.

Moment de grâce aussi pur qu’énigmatique, la première scène de Mother est au film ce qu’une ouverture est à un opéra, en ce qu’elle en reflète toute la trame ultérieure. Ainsi, la nouvelle œuvre de Bong Joon-ho, après les très remarqués Memories of murder en 2003 et The Host en 2006, s’affirme par la singularité de son point de vue, dans le cadre d’un récit somme toute classique de film de genre.

En effet, quoi de plus déjà vu, à première vue, que cette histoire d’une mère dont le fils un peu demeuré se retrouve accusé du meurtre odieux d’une adolescente ? Tout l’accuse en effet, ce grand dadais légèrement attardé, et malgré les certitudes de la police et de toute la communauté de la petite ville coréenne, c’est sa mère, convaincue de son innocence, qui va entamer une enquête par elle-même, enquête qui va la mener bien plus loin qu’elle ne l’aurait imaginée..

Mais loin d’utiliser les clichés du genre, Bong Joon-ho conçoit son récit avec une grande liberté, multipliant les pistes scénaristiques ouvertes puis avortées, et même quand on a l’impression de retrouver les rails des faiseurs de thrillers au kilomètre, on se rend immédiatement compte que la narration est un peu frelatée (à l’alcool de riz).

Le personnage de mère assez monstrueuse, castratrice, surprotectrice, incarné avec une intensité impressionnante par Kim Hye-ja, donne notamment d’emblée au film son ton unique, osant passer du burlesque au drame, de la noirceur à la poésie.
Une scène révélatrice parmi d'autres : la police découvre le cadavre atrocement exposé de l’adolescente, et la première réaction des flics est de dire que cela fait un bail qu’ils n’avaient pas eu de meurtre, et de se demander de quand datait le dernier…

Mais au-delà de son ton original, le réalisateur n’oublie pas les incontournables du thriller, avec un bon bol de suspense : comment notre mère-courage tente de sortir tout doucement de la chambre où est en train de dormir le présumé assassin, et paf, renverse une bouteille d’eau qui se vide lentement en une flaque qui s’élargit, s’élargit, et se rapproche petit à petit du doigt du tueur que le contact de l’eau va sans nul doute réveiller !

On retrouve dans ce langage purement cinématographique, universel, l’efficacité visuelle du cinéma coréen, entre Asie et Occident, influences américaine et orientale.
Je suis INCAPABLE de me souvenir du nom de ces réalisateurs -honte à moi - donc with a little help from wikipedia - qu’on pense à Park Chan-Wook (Old boy), Kim Jee-Woon (Le Bon, la Brute et le Cinglé), Kim Ki-Duk (Locataires) ou lm Sang-Soo (The President’s last bang), ces auteurs très différents ont en commun d’oser la crudité des images et des sentiments, l’inventivité du récit, les ruptures de ton, la priorité – très photographique – à l’ouverture ou à la vitesse, bref une certaine fraîcheur qui n’est pas sans rappeler la pureté originelle du cinéma muet…

Alors jusqu’où ira la relation mère-fils fusionnelle, limite incestueuse ? Et si dilemme moral il y a, rien ne dit qu’il ne sera pas promptement résolu par un point d’acuponcture dont l’héroïne du film a le secret !

Finalement, en suivant les allers et venues des personnages, entre ville et nature toute proche, on se laisse peu à peu embarquer dans ce récit étrange, jusqu’au final, réplique quasi-sismique de la scène d’ouverture, qui la rejoint et l’explicite, où a nouveau, la maman se met à danser, d’abord lentement, puis de plus en plus frénétiquement, comme pour oublier un cauchemar éveillé…

A noter : rien à voir avec Brothers, de Jim Sheridan, sorti une semaine après.

Mother (Joon Ho-bong, Corée, 2009)
Avec : Won Bin, Kim Hye-Ja, Jin Ku...

jeudi 11 février 2010

Sous la baguette : le plaisir

Les aventures d’Harry Potter se poursuivent dans le second opus La Chambre des secrets, sorti en 2002.

Le jeune garçon commence sa seconde année à l’Ecole des Sorciers d’Hogwarts, mais il est averti par une mystérieuse créature qu’un grand danger l’y attend. Et en effet, de drôles d’événements vont se produire dans l’école, annonçant cette funeste nouvelle : la Chambre des Secrets, scellée depuis des décennies, vient d’être ouverte…et c’est toute l’Ecole qui tremble.

Harry et ses amis pourront-ils déjouer la malédiction ?

Au-delà des effets spéciaux, de l’aventure, du mystère, de l’univers chatoyant de la sorcellerie selon J.K. Rowling, tous les ingrédients du conte initiatique se retrouvent au cœur de ce second épisode porté au cinéma des aventures d’Harry Potter.

Comme les contes de Perrault ou de Grimm, Harry Potter - La chambre des Secrets est l'histoire d'une initiation, ou comment un petit garçon devient un adulte. A travers une multitude d'indices, de révélations, de métaphores, le jeune spectateur va intégrer consciemment ou inconsciemment des signes qui lui permettront de mieux aborder son propre apprentissage.

Car c’est là que réside le vrai secret d’Harry : homme en devenir, véritable « would-be man » (selon la théorie de Streiter & Langström) qui se débarrasse de sa peau d’enfant, en traversant moult aventures avec tous ceux qui l’entourent.

Citons Ron, le rouquin : il représente bien plus que le buddy partner comique de service : il joue un véritable rôle dans l’apprentissage d’Harry, en personnifiant l’état enfantin que ce dernier est en train de quitter.

Ainsi, Ron a toujours peur, panique pour un rien (quelques araignées de 2 m d’envergure, pffff !), vit un Œdipe difficile avec sa sorcière de maman castratrice, et surtout, SURTOUT, sa baguette magique est CASSEE.
Eh oui, Ron n’est pas prêt à vivre sa sexualité, sa baguette brisée en est l’illustration branlante, et la chute de pierre qui l’empêchera, dans la scène finale, de participer à l’orgasmique climax, témoigne de la différence de maturité entre les deux garçons.

D’ailleurs, si en happy-end, Harry n’hésite pas à serrer dans ses imberbes bras sa petite sorcière bien aimée Hermione, Ron, lui, ne peut que lui tendre la main, paralysé qu’il est à son stade onaniste de base.

Toujours dans le registre de l’adolescence-passage-difficile, évoquons la scène où les deux garçons boivent une potion et se transforment en deux balourds plus âgés, transformation qui va passer comme par hasard par une mutation de leur corps, une mue de leur voix, etc. (non, ce n’est pas sale, c’est normal, c’est ton corps qui change).

Comment alors ne pas évoquer le professeur sorcier Gilderoy Lockhart, interprété avec un sens réjouissant de l’autodérision par le très permanenté Kenneth Branagh ?

En effet, il développe avec Harry un parfait rapport père-fils fondé sur le désir et la haine. Dès leur première rencontre, lors d’une de ses séances de dédicace, le médiatique bellâtre appelle Harry pour qu’ils posent ensemble, avant de lui remettre en guise d’héritage putatif (quoi que ce mot signifie) toute son œuvre. Par la suite, à l’Ecole, Harry se retrouve à aider le professeur à signer des autographes : quel plus beau symbole de transfert affectif ?

Evidemment, en tant que mauvais sorcier, Lockhart est un imposteur, un pleutre, comme tout père, témoignage hypnochestique {(*)} d’un désir de mort du rival.

Car toutes les femmes sont folles de Lockhart, à la grande exaspération du petit Potter qui ne peut affirmer son potentiel de séduction et manifester son désir, ce qui conduit à la case IMPUISSANCE.
Impuissance audacieusement symbolisée par le résultat du traitement infligé à Harry par son professeur pour le guérir d’une blessure au bras : tous les os disparaissent, et le bras d’Harry devient mou et flasque.

Mou et flasque, oui, chers amis, vous avez bien lu. Mais un bras d’enfant, quand même (prometteur).

Ce n’est qu’une fois sa mémoire perdue, et son énergie sexuelle avec, que le professeur va permettre à Harry d’affirmer sa puissance sexuelle, d’assumer sa libido et de pouvoir pénétrer la Chambre des Secrets.

La Chambre des Secrets, parlons-en. Elle est le mystère du film, cachée au cœur de l’école, menaçante, fascinante…et où donc Harry va-t-il la trouver ? Je vous le donne en mille…DANS LES TOILETTES DES FILLES !

Eh oui, le secret qui tarabuste tous les enfants de cet âge se situe bien là ! La fille fantôme qui hante ce lieu n’est-elle pas morte, jadis, en sortant des toilettes, métaphore osée de la peur des premières règles, cette fin de l’innocence qui se termine dans le sang ? De même, les mots écrits en lettres de sang sur les murs de l’école ne sont-ils pas du sang menstruel ?

Si les scènes de début de film symbolisent la frustration d’Harry, prisonnier de sa famille d’adoption, empêché de prendre le train vers l’Ecole et, métaphoriquement, souffrant d’un refoulement freudien classique (avec Dobby dans le rôle du Sur-moi, tant qu’on y est, allons-y, faut pas se gêner), la suite illustre le cheminement psychologique du jeune garçon.

Avant de rejoindre Hogwarts, ne va-t-il pas tomber, par hasard toujours, dans le quartier mal famé de la vieille ville, entre mendiants, voleurs.. et prostituées ? Potter, tu veux brûler les étapes, grand fou !

Replacé dans le droit chemin, Harry va ensuite subir la tentation de l’homosexualité avec le méchant, travesti en éphèbe jouvenceau, qui va presque attirer Harry dans ses rets.
Hagrid, ami à forte pilosité, fantasme d'une improbable virilité, montrera aussi à Harry que la chambre des secrets n’est pas un repère d’araignées géantes, non, cela ne fait pas mal, petit, ce n’est pas là le secret, c’est ailleurs. Pour information, ce repaire obscur d’araignées malfaisantes a été analysé par certains collègues jungiens, voire sexo-neurologistes déviants, comme l’impasse du stade anal (je vous laisse jouir de l’analogie des araignées, c’est délicat).

Au final, Harry, débarrassé de sa frustration, libéré par le transfert d’énergie sexuelle de Gilderoy-Branagh vers lui, va pouvoir pénétrer, après bien des couloirs obscurs et des conduits étroits, l’humide Chambre des secrets.

Là, avec sa grande épée, après un combat contre la tentation du même sexe, il va y choisir sa partenaire érotique privilégiée, la petite Ginny Weasley, en y accomplissant son désir inconscient.

La suite des prochaines aventures d’Harry s’annonce passionnante : il va faire un transfert affectif sur le Professeur Gonnegal-Maggie Smith, après avoir fantasmé sur la voix mâle de Snape-Alan Rickman, va pratiquer le french kiss avec la fée clochette (attention : ne pas l’avaler), avant de connaître son premier rapport bucco-génital avec une des pétasses de Twilight qui passait par là.

Chris Colombus, après les deux Mamans j’ai… et Mrs Doubtfire, ses scénarios de Gremlins et des Goonies, s’affirme une fois de plus comme un cinéaste majeur, sorte de John Hugues des années 90 et 2000, auteur d’une fascinante plongée dans l’inconscient pré-pubère des banlieues des classes moyennes.

(A noter : Sur le DVD, en ghost tracks, les scènes coupées de Ron et Harry sous leur cape d’invisibilité, dans le dortoir des filles…).

{(*) Attention, ce mot est inventé.}


Harry Potter et la chambre des secrets (Chris Columbus, USA, 2002)
Avec : Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Kenneth Brannagh, Alan Rickman...

mercredi 10 février 2010

Dans l’air du temps

La traduction, ça alourdit ou ça allège, c’est selon.
Pour les titres de films, anyway, on ne traduit plus, c’est plus simple (sauf pour les films ouzbeks, remarque), mais même sans traduire, il se passe des choses, des fois.
Comme ça, ni vu ni connu, hop.












Je ne sais pas ce qu’en penserait le personnage joué par George Clooney dans son film Up in the air… en bon pragmatique, ce consultant en plans sociaux, payé à parcourir les USA pour annoncer aux salariés leur licenciement, trouverait certainement cela… économiquement rationnel (moins de lettres, plus de lisibilité pour le titre ?).

Tout le film repose ainsi sur la métaphore de l’avion… avion qui est devenu la 2de maison de ce cadre nomade qui passe 300 jours par an loin de chez lui… avion qui lui permet de survoler la vie et sa propre vie, sans jamais se poser…

Alors pourquoi ce « up » disparu dans le titre français ? Volonté de réduire ?

Isn’t it ironic, pour un film qui aborde de face d’autres réductions, d’effectifs, celles-là ! Car la nouvelle comédie de Jason Reitman est bien… dans l’air du temps : authentique film de crise, ou comment gagner sa vie à virer des vrais gens, avant de repartir dans le vert paradis ronce de noyer des VIP rooms des aéroports et des lounge bars des Hiltons ?

Nourri de fausses pistes scénaristiques (duel avorté type La relève entre jeune rookie et vieux singe qui a des heures de vol, histoire d’amour « 2ème chance » (n’importe quelle comédie avec Hugh Grant)…), Up in the air, sous ses apparences légères, est un constat amer du fossé de plus en plus large et profond qui sépare l’élite des simples quidams… ceux qui ont la carte VIP et ceux qui ne l’ont pas.

Up, Up, Up… 2 petites lettres disparues au fronton en VF du nouvel opus confondant d’intelligence du réalisateur de Thank you for smoking et de Juno, qui s’affirme film après film comme bien plus qu’un petit malin, mais un vrai auteur, qui parvient à concilier efficacité commerciale… et hauteur de vue !

Comédie drôle quoiqu’élégamment désespérée, Up in the air ose ainsi un discret mais amer éloge de la bonne vieille lutte des classes, en confrontant les cols blancs blackberrysés accroc à leurs miles avec les victimes de leurs décisions corporate prises sur excel.

Bien entendu, le héros, sobrement incarné par whatelse George, va prendre conscience du néant dans lequel il flotte, et comme dans toute bonne comédie américaine, va se transformer, pour rejoindre une vision moins cynique et plus humaine du monde (famille, amour et Cie).

Mais contrairement à ces happy ends moralistes qui nous pourrissent les plus réjouissantes idées régressives (cf quelques Jim Carrey : Menteur menteur, Bruce tout puissant…), le jeune réalisateur prend un malin plaisir à concocter un final doux-amer.

Et ce ne sont pas les quelques trous d’air clicheteux, notamment sur la prise de conscience du héros (le discours avorté final sur sa théorie du sac à dos vide, déjà vu et inutile de lourdeur) qui vont nous gâcher le plaisir de ce survol de notre si joli monde.

Alors la traduction d’un titre, ça ne change pas un film, bien sûr, pas plus que ce « up » mystérieusement disparu, mais on a largué au passage un peu de la dynamique du film, de son envol, après justement le monde coton-nuageux du générique de début.

Le downsizing étendu au titre de film, si c’est pas une extension du domaine de la lutte, ça…,


In the air (Jason Reitman, USA, 2009)
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Vera Farmiga, Jason Bateman...